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Chronique du désastre

Chronique sur le vivant

Noémie Adam-Cuvillier, le monde familial n'est pas joli

   Le spectacle offert par le monde contemporain illustre la guerre que l’humanité a déclaré eau vivant. Il met en lumière les ravages causés par l'avidité humaine et le capitalisme : la dégradation de la nature, le saccage de toute beauté et la réduction de la vie à un vulgaire moyen de production de valeur marchande. La substance humaine est-elle vouée à l’apathie devant pareil naufrage ?


« Les puissances dominantes peuvent bien nous considérer comme des fous parce que nous voulons rompre avec leur système coercitif irrationnel ! Nous n’avons à y perdre que la perspective d’une catastrophe vers laquelle ils nous conduisent. » (Manifeste contre le travail 1)


   Il y a belle lurette que l’humanité a déclaré la guerre au vivant. Et elle a tout lieu de se réjouir : elle est en passe de la gagner.

   Il n’est pas même besoin de penser politiquement l’état du monde. Il suffit de porter les yeux sur la friche industrielle qui constitue désormais notre cadre de vie, de comptabiliser les espèces disparues ailleurs que dans des zoos, de rencontrer le regard vide du passant qu’on croise ou de contempler l’accablement qui se reflète quotidiennement dans le miroir. Et qui ne ressent un vague désarroi devant une assiette bio concoctée à l’autre bout du monde par plus désespérés que soi, tant s’est altéré le goût des aliments en même temps que toute notion de décence et d’humanité ?

   Comme de juste, l’avidité bornée des hommes s’exprime au jour le jour dans une passion sans limite pour la laideur. « Profonde est la haine qui brûle contre la beauté dans les cœurs abjects » 2. 

   Ainsi que le disait Simon Leys, le déshabilleur du Grand Timonier 3, « les vrais philistins ne sont pas des gens incapables de reconnaître la beauté – ils ne la reconnaissent que trop bien, ils la détectent instantanément, et avec un flair aussi infaillible que celui de l'esthète le plus subtil, mais c'est pour pouvoir fondre immédiatement dessus de façon à l'étouffer avant qu'elle ait pu prendre pied dans leur universel empire de laideur. Car l'ignorance, l'obscurantisme, le mauvais goût ou la stupidité ne résultent pas de simples carences, ce sont autant de forces actives, qui s'affirment furieusement à chaque occasion, et ne tolèrent aucune dérogation à leur tyrannie. […] Le besoin de tout rabaisser à notre misérable niveau, de souiller, moquer, et dégrader tout ce qui nous domine de sa splendeur est probablement l'un des traits les plus désolants de la nature humaine » 4.

   Le fait de couvrir toute la surface d’une planète autrefois si riante de la même lèpre urbanistique, élaborée par ordinateur, matérialise une idéologie pour laquelle rien d'autre, nulle part, ne doit être envisageable, sinon cette épouvante. Aucune autre image du décor humain, de l'habitat, donc du bonheur, n'est plus disponible, hormis pour le tourisme de masse qui saccage avec allégresse ce qui reste des beautés passées. Et comme George Orwell le prophétisait, nul autre avenir ne saurait poindre à l’horizon de nos désolations : « On ne distinguera plus la beauté de la laideur » 5. C'est de cette misère qu'il faut partout et à jamais se disposer à jouir – en d'autres termes à acheter.


   Partout, et jusque dans les rares lieux où persistent des vestiges de vie, là où la nature donne encore l’illusion d’être semblable à elle-même, il n’est désormais plus possible d’ignorer que c’est foutu. Et l’angoisse ambiante est tellement oppressante, la nullité des représentations qui sont censées nous en distraire est à ce point désolante, qu’on voudrait parfois que c’en soit enfin fini.

   La vie dont nous sommes faits n’est du reste plus une valeur ; c’est un moyen de créer de la valeur marchande. C’est un fait : un certain nombre d’individus sont persuadés qu’il faut vivre pour travailler, et non pas travailler pour vivre. Les travailleurs ne sont-ils pas la cheville ouvrière du capitalisme et la source de tous les biens qu’il accapare ? Pour les groupes privilégiés qui en récoltent le bénéfice, la sueur humaine doit naturellement se transmuter en accumulation de profits, ce qui est une façon de naturaliser leur cupidité. Ces énergumènes se sentent émancipés de leur existence biologique, comme si cette forme de vie était réservée aux pauvres gens, aux « sans-dents », à la « France d’en bas », à tous ceux que M. Macron se sent la vocation d’emmerder 6. Et ces derniers d’en convenir béatement !

***


   Comme on le voyait dans les campagnes à une époque encore peu lointaine, les machines furent sinon des jouets pour les hommes, du moins un moyen de les libérer d’une part sensible de leur labeur, tandis que ce sont les hommes qui sont aujourd’hui devenus les jouets de leurs engins et des banquiers qui grèvent leur quotidien. Dans ce passé révolu, le quotidien n’était certes pas idyllique, il était même exténuant ; mais le calme des efforts journaliers exprimait une paisible intimité avec la nature et un accord sans réserve avec soi-même. La terre était alors un bien précieux, à respecter et à transmettre scrupuleusement. Il semble que la plupart des individus se considéraient tout juste comme des usufruitiers. Nombre d’entre ces travailleurs ne vivaient d’ailleurs pas dans un lieu qu’ils puissent dire leur, acte notarié à l’appui.

   Mais l’on survit désormais dans un univers de propriétaires, pour lesquels le « sel de la terre » est à jeter après usage. Lequel d’entre eux pourrait de nos jours s’écrier, à l’instar d’Aimée Castain en 1960 : « Chère terre, tu es ma passion et ma vie. Jamais je ne te quitterai. J’ai tant besoin de ce que tu es » 7 ?

   Les paysages de France, jadis mosaïque de champs menus, chatoyants, diaprés, contrastés, sagement abrités par des haies peuplées de chants d'oiseaux, parcourus de routes vagabondes, où nichaient modestement çà et là un village et quelque demeure isolée, voilà qu’ils offrent désormais le consternant spectacle d’une terre gaste : un monde stérilisé, toujours plus homogène, indifférencié, comme badigeonné par un Rothko en mode suicidaire 8. Les villages perchés et les villes si animées par des commerces de proximité s’enfouissent sous une même lèpre rampante de bâtisses résiduelles engorgées d’automobiles que la vie déserte avec répugnance. On déboise, on défonce, on arase, on comble, on déchiquète, on écroule. Cela s’est certes toujours fait – c’est du moins le propre de l’anthropocène ; mais, la technologie industrielle aidant, ce qui n’est plus qu’un saccage est maintenant à la portée du premier croquant et du premier investisseur venus ; ce dont nul ne se prive.

   Si bien que le promeneur, où qu’il se rende, n'aura bientôt plus à arpenter qu'une contrefaçon de plaine beauceronne. Ne s’offrent déjà à sa contemplation que des étendues mornes, à la surface desquelles miroitent seulement des bandes de plastique déroulées façon Christo 9 (pour le coup, il se vérifie que notre modernité a les artistes et les emballeurs qu’elle mérite...), sous lesquelles fruits et légumes entreprennent de se dénaturer avant congélation pour entamer leur tour du monde. Ce ne sont partout que des champs sous perfusion, encensés de pesticides et irrigués par des cours d’eau nauséabonds réduits à un écoulement énurétique où ne surnagent que des poissons crevés. La promesse de paradis s’est transfigurée en égout terminal.

   Si c’est la « rationalité économique » qui donne du sens à tout cela, l’ambroisie frelatée de nos tables et le nectar empoisonné de nos verres n’en apportent pas une démonstration très convaincante, du moins à quiconque n’a pas une vocation de ravi de la crèche : comme l’exprime le chef indien de l’histoire, « Cette année encore, nous n’aurons que de la merde à nous mettre sous la dent. En revanche, il y en aura pour tout le monde. » Cette merde si précieuse à M. Macron…

***


   Qui a mis ce goût de la désolation dans la tête des hommes ? Personne sans doute. Il est à craindre que l’appétence pour la mort ne soit consubstantielle à l’être humain, voire intégrée au vivant. Mais il fallait que cette propension fût solidement ancrée dans toutes les têtes pour que nul sur Terre se trouvant en pouvoir de le faire, qu’il ait fermé les yeux ou qu’il les ait gardés grand-ouverts sur ce qui se passait, ne s’y soit en fait jamais opposé.

   Toutefois, il est loisible à chacun de mettre un nom sur cette frange d’humanité qui a favorisé, cultivé, exploité, programmé cette danse de mort, et qui la mène tambour battant, parce qu’elle y voyait et continue d’y voir matière à profit – quoi qu’il advienne. C’est le monde marchand sous sa forme « cristallisée » la plus pure : le capitalisme.

Au sein des organisations mafieuses qui le constituent et qui se sont emparées de nos ersatz de démocratie, les agro-industriels et autres latifundiaires s’acharnent à piétiner le cadavre du monde pour assurer leurs plus-values, comme la récente loi Duplomb vient de le rappeler. Dans leur sillage, les exploitants agricoles – « exploitants », nul ne saurait le nier ; mais « agricoles », cela a-t-il toujours un sens ? – empoisonnent la population et souillent irrémédiablement la vie sur Terre, au nom d’une paysannerie dont ils travaillent quotidiennement à assassiner les derniers survivants alors qu’ils disent se porter garants de leur avenir.

   L’ironie veut que l’entreprise remonte à la Renaissance et qu’elle ait pris son essor sous le règne des Lumières avec la mise en chantier de monocultures. Elle veut encore que l’économie, qui jadis désignait la manière d’assurer les conditions du mieux-être des hommes, n’exprime plus depuis lors que la théorie de cette marche mortifère, sous une appellation aux odeurs faisandées de liberté : le libéralisme.

   Mais le capitalisme a mis la planète dans un état si déplorable, il a saccagé les consciences et la substance humaine à un point tel qu’il est sans doute bien vain de stigmatiser devant le tribunal de l’apocalypse prochaine les maquereaux aux mille visages qui prostituent notre existence.

   N’importe. Crions au moins notre dégoût. Et puisqu’ il semble que ce soit le destin des générations prochaines (s’il en subsiste malgré tout) de payer la note, offrons-leur du même coup l’amère satisfaction de rendre la honte encore plus honteuse en la criant sur les toits. 

9 septembre 2024

Avec Gérard Dressay

1 - Texte du groupe allemand Krisis, rédigé par Ernst Lohoff, RobertKurz et Norbert Trenkle (1999).

2 - Ernst Jünger, Sur les falaises de marbre, 1939), éd.Gallimard, coll. L'Imaginaire, p. 62.  

3 - Pierre Ryckmans (1935-2014), alias Simon Leys, est l’auteur d’unouvrage qui fit quelque bruit pendant les années 1970 en secouant l’intelligentsia parisienne follement entichée de maoïsme, Les Habits neufs du président Mao (Champ libre, 1971).  

4 - ’empire du laid », dans Le Bonheur des petits poissons, « Jean-Claude Lattès, 2008, p.74-75.

5 - Mille neuf cent quatre-vingt-quatre, 1950, Agone, 2021,p.415.

6 - M. Macron, lors d’un échange avec des lecteurs du Parisien faisait part de son envie pressante d’emmerder les non-vaccinés contre le Covid-19. Il ne rêve décidément que d’un univers à la semblance de ses chiottes.

7AiméeCastain, artiste peintre française (1917-2015), dont la vie fut consacrée aux travaux des champs. (Voir Aimée Castain, bergère et artiste,Les Alpes de Lumière, 2013.)

8 - Mark Rothko, peintre américanisé en 1903, célèbre pour ses colorfields (champs de couleur uniformes). Il s’est suicidé à New York en 1970. Les monochromes d’Alphonse Allais sont beaucoup plus divertissants.

9 - Nom d’artiste de Christo Javacheff (1935-2020), notamment connu, avec sa collaboratrice et épouse Jeanne-Claude, pour l’empaquetage sous toile plastique du Pont-Neuf à Paris (1985) et du Reichstag à Berlin (1995).

    

   Commentaire d'un anonyme

Depuis le temps qu’on nous bassine avec « les bons gestes et les bonnes pratiques » pour sauver la planète, tous les gens sensés en sont arrivés à la même conclusion : les bons gestes, c’est brûler Bayer-Monsanto, c’est dépouiller Total, c’est prendre le contrôle des dépôts de carburants, c’est occuper Radio France et s’approprier l’antenne, c’est exproprier tous les bétonneurs et braquer la Caisse des dépôts et consignations. Les bonnes pratiques, c’est assiéger les télés, c’est couler les bâtiments des pêcheries industrielles, c’est ghettoïser La Défense, c’est tout bloquer, paralyser la logistique de l’adversaire et reprendre en main ce qui mérite de l’être. C’est la seule solution, il n’y en a pas d’autre : ni la trottinette électrique, ni la voiture à hydrogène, ni la géo-ingénierie, ni la croissance verte et les drones-abeilles ne tempéreront la catastrophe. Il n’y aura pas de transition, il y aura une révolution, ou plus rien. C’est tout le cadre qu’il faut d’abord envoyer balader si nous voulons trouver des « solutions ». Il faut briser la machine si l’on veut commencer à réparer le monde. Nous sommes enfermés dans un mode de vie insoutenable. Nous nous regardons vivre d’une manière que nous savons absurde. Nous vivons d’une manière suicidaire dans un monde qui n’est pas le nôtre. Jamais on ne nous a demandé notre avis sur aucun des aspects tangibles de la vie que nous menons : ni pour les centrales nucléaires, ni pour les centres commerciaux, ni pour les grands ensembles, ni pour l’embourgeoisement des centres-villes, ni pour la surveillance de masse, ni pour la BAC et les LBD, ni pour l’instauration du salariat, ni pour son démantèlement par Uber & co., ni d’ailleurs pour la 5G à venir. Nous nous trouvons pris en otage dans leur désastre, dans leur cauchemar, dont nous sommes en train de nous réveiller.

Réponse 10 septembre 2025

On ne réparera pas le monde en s’attaquant à des détails ponctuels, qui dissimulent la totalité du problème auquel nous sommes confrontés : rien de moins que la disparition de notre espèce. C’est le centre vital de ce système ne subsistant que de sa propre décomposition qu’il convient d’écraser ; c’est le capitalisme dans son principe et dans toutes ses manifestations, à commencer par le travail salarié, cette image modernisée de la condition d’esclave.

La tâche est rude, et pourtant nul n’est voué à dire aux autres ce qu’il faut faire, ni comment le faire. Il importe prioritairement d’écarter les chefaillons, les porte-parole auto-désignés ou élus par les médias, les avant-gardes de toute nature. Ceux-là ne travailleront jamais, comme ils l’ont toujours fait, que pour assouvir leur soif de pouvoir aux dépens de la population. Pour être califes à la place du calife. Plus égaux que le reste des égaux. La révolution ne se produit jamais sur commande ; elle ne résulte pas de consignes ou d’ordres, à la différence de la contre-révolution bolchévique.

Un point cependant est à souligner : il est impératif de ne pas remettre le couvert avec les manifestations révolutionnaires du passé, aussi efficaces et glorieuses qu’elles aient pu être (barricades, occupation de ronds-points, etc.). Les forces répressives, après avoir été surprises et souvent désarçonnées par la spontanéité et l’originalité avec lesquelles elles sont apparues, ont tout appris de ces anciennes formes de lutte ; désormais, elles attendent les émeutiers au tournant, et elles disposent de moyens toujours plus importants. Sur le plan de l’affrontement direct, front à front, le plus fort l’emporte toujours. La nostalgie n’est pas de mise. De nouvelles stratégies de lutte sont à réinventer. Chaque épisode révolutionnaire, pour se donner des chances de réussir, doit créer les formes qui lui soient propres dans le temps où il se produit, et cela implique l’initiative de et l’activité chacun.

On ne doit pas non plus ignorer que le capitalisme est un totalitarisme, et que, partant, il sévit partout et en chaque individu. Il importe donc de s’efforcer de l’extirper de soi-même. C’est alors que se reconnaît l’instant révolutionnaire, quand le monde d’aujourd’hui et ses rêves de consommation illimitée se révèlent pour ce qu’ils sont : un égout terminal dans lequel il est répugnant de se vautrer.

NI CAPITALISME VERT NI NUCLÉAIRE !

Motion Congrès de la Fédération Anarchiste réunie les 27, 28 et 29 mai 2023 à Caulnes

   A cause notamment de l’agro-industrie et des pesticides, la faune sauvage disparaît de façon plus ou moins importante, parfois même irrémédiablement, les sols s’appauvrissent, la pollution s’accentue, l’accès à l’eau se raréfie et la guerre autour d’elle se rapproche (comme à Sainte-Soline), les ressources minérales sont surexploitées, le vivant est compris trop souvent comme « ressource », qu’il faut s’accaparer.

   Les États organisent et accompagnent cette situation (législation adaptée, financement dédié, répression des oppositions, accroissement volontaire des peurs pour s’afficher comme le sauveur unique).

   Tout ceci assure l’expansion du capitalisme en développant sa variante « verte ». Les États jouent sur les chiffres, déforment la réalité, modifient le vocabulaire en fabriquant une novlangue. Ainsi, comme l’alchimiste change le plomb en or, le nucléaire devient une énergie verte, bas carbone et neutre. Alors que c’est une énergie centralisée, reposant sur l’extractivisme mené notamment dans nos ex-colonies, polluant et gaspillant l’eau, engendrant des déchets pour des millénaires et imposant une société sécuritaire et militariste.

   Devant ce constat, la Fédération Anarchiste réaffirme en son 81ème congrès à Caulnes, la nécessité de lutter contre le capitalisme qu’il soit vert ou non et pour une « décroissance » libertaire entendue comme le ralentissement du cycle production-consommation (désescalade) selon les capacités de la planète et sous réserve que les besoins essentiels des populations soient satisfaits dans quelque partie du monde que ce soit. En effet, les anarchistes postulent que le simple fait de naître donne le droit de vivre de manière égalitaire avec un même accès aux richesses.

Décroissance ?

Dénier la réalité du réchauffement climatique, c’est précisément dénier que les humains sont devenus des agents géologiques, modifiant les processus physiques les plus fondamentaux de la terre. Pendant des siècles, les scientifiques ont estimé que les processus terrestres étaient si vastes et si puissants que rien de ce que nous pouvions faire ne pouvait les modifier. C’était là l’un des principes fondamentaux de la science géologique : l’idée que la temporalité humaine était insignifiante au regard de l’immensité du temps géologique ; que les activités humaines étaient insignifiantes comparées à la force des processus géologiques. Tel était effectivement le cas naguère. Mais plus maintenant. Nous sommes désormais tellement nombreux à couper tellement d’arbres et à brûler tellement de milliards de tonnes d’énergies fossiles que nous sommes effectivement devenus des agents géologiques. Nous avons modifié la composition chimique de notre atmosphère, produisant ainsi une élévation du niveau des eaux, la fonte des glaces et le changement du climat. Il n’y a aucune raison de le contester. Naomi Oreskes, « The Scientific Consensus on Climate Change : How Do We Know We’re Not Wrong ? » (2007

   Je pars d'un constat : l'exploitation de toutes les énergies par les sociétés marchandes épuise les ressources terrestres. Or, quand la nature n'est qu'une énergie, l'homme n'est qu'une chose. La décroissance peut donc s'entendre également comme une critique sociale du capitalisme ou un slogan pour marquer un besoin de rupture.

    Le terme de capitalisme désigne l'ensemble des comportements, activités, rapports sociaux, etc. qui s'inscrivent dans une perspective d'accumulation (du capital).  La crise s'entend comme une contradiction du capitalisme, dont nous en subissons les effets. Elle est donc permanente.

     Tout être vivant se nourrit et se maintient en vie grâce à ce que la nature lui procure, ce que nous appelons les « ressources naturelles ». Les ressources étant naturelles, elles font partie de l’environnement de chacun. Seule leur accessibilité varie. Exemple : les poissons sont dans la mer, l’accessibilité à cette ressource naturelle dépend des moyens de pêche, à la ligne ou au filet.

    L'idée des théoriciens de la décroissance est que nous allons à la catastrophe si la croissance continue.

     Elle est aussi que le « développement durable » est un concept bidon : non, disent-ils, on ne peut continuer à croire qu'une croissance vertueuse est possible, débarrassée de ses effets négatifs (gaspillage, pollution, exploitation, prolétarisation...)

    Pure utopie disent les décroissants. D'abord, on ne constate aucun mouvement en ce sens. Ensuite, ce ne sera pas suffisant : notre monde de consommation actuel, à nous européens, nécessiterait deux ou trois planètes si on continuait sur le même rythme. Redécouvrons qu'on peut fabriquer du bonheur en consommant infiniment moins.

    Donc, quand la solution à tous nos maux repose sur la seule croissance, il est donc pertinent de s'interroger sur la décroissance qui serait, pour certains, la meilleure réponse à notre aliénation quotidienne, sous-entendant que le superflu est l'ennemi du nécessaire.

    Cette idée forte et radicale a-t-elle une chance de sortir des nuages ?